Archives de Lucien Febvre

Photo : Brigitte Mazon

Historique et inventaire

Lucien Febvre (1878-1956) est surtout connu par son œuvre publiée (une douzaine d’ouvrages, plus de 2000 articles et comptes rendus) et son engagement dans l’œuvre collective : revues (création, avec Marc Bloch des Annales d’histoire économique et sociale) direction scientifique de l’Encyclopédie française, membre actif de l’UNESCO et initiateur du projet World History, fondateur de la sixième section dg l‘Ekole pratique des hautes études, devenue EHESS en 1975. On ignore toutefois qu’il a laissé derrière lui les esquisses d’une œuvre qu’il n’a pas eu le temps d’achever, mais dont il a généreusement communiqué les idées dans un nombre considérable de cours et conférences dont ses nombreux héritiers ont profité de manière directe ou par transmission.

Organisation initiale, dispersion, restructuration du fonds

Lucien Febvre a laissé à son domicile (1, rue du Val-de-Grâce à Paris) et dans sa résidence secondaire (le Souget, Saint-Amour, Jura) plusieurs milliers de feuillets, notes de cours et de travail, manuscrits, correspondances, graphiques historiques et cartes, dessins, films et photos. Il classait ses documents dans des cartons ou des chemises sur lesquels il portait toujours un intitulé. Il n’a laissé aucune indication sur le devenir de ses papiers. Sa veuve, Suzanne Febvre, née Dognon, n’a pas entrepris de travail d’inventaire ou de classement du fonds. A l’exception des dossiers confiés à Robert Mandrou ou à Fernand Braudel, elle a laissé les archives en l’état dans les deux résidences. À sa mort (1985), l’aîné des enfants de Lucien Febvre, Henri, est venu s’installer rue du Val-de-Grâce. La rénovation de l’appartement a très peu touché l’agencement des livres et archives dans les lieux, le salon-bibliothèque en particulier.

Les archives de Lucien Febvre ont été plusieurs fois démembrées, puis partiellement regroupées avant d’être totalement rassemblées aujourd’hui. Fernand Braudel a emporté un certain nombre de manuscrits du Souget (Saint-Amour) après la mort de Lucien Febvre, avec l’intention de les publier. Puis Robert Mandrou, dernier jeune disciple de l’historien, s’est vu confier par Suzanne Febvre les dossiers sur le XVIe siècle (à l’exception notoire des dossiers sur la religion). Une grande partie des archives était restée dans la résidence secondaire de Lucien Febvre à Saint-Amour, une autre partie était conservée dans la bibliothèque et le bureau de travail de la rue du Val-de-Grâce, une troisième partie, moins volumineuse, a été emportée par les filles de l’historien, Lucile et Paulette.

Henri Febvre a fait don à la Maison des sciences de l’homme d’un lot d’ouvrages de la bibliothèque de travail, lors de son installation rue du Val-de-Grâce. Une historienne hollandaise, Marleen Wessel a effectué à la fin des années 1980 un premier relevé sommaire des archives. En 1992, l’IMEC a pris en charge, dans le cadre d’une convention de dépôt, les dossiers de travail restés au Souget et une partie de ceux restés rue du Val-de-Grâce, puis deux premières séries de documents restituées par le fils de Robert Mandrou. Jacqueline Pluet, bibliothécaire et chercheuse à l’IMEC, a décrit les dossiers de travail dans leur ordre topographique de provenance (Val-de-Grâce, Souget, Mandrou 1, Mandrou 2). Mais Henri Febvre a rompu la convention de dépôt en 1998 préférant alors faire don des archives aux Archives nationales.

Il avait toutefois conservé à son domicile les manuscrits des cours et conférences qu’il avait l’intention de faire publier, les dossiers de travail accompagnant ses projets de publication (Michelet, L’Europe, La Réforme) ainsi qu’une série de dossiers revenus dans un troisième puis un quatrième temps du domicile de Robert Mandrou (« Pensée d’Occident », correspondances, notes diverses). Il y avait aussi, rue du Val-de-Grâce, les papiers de guerre (14-18), des photos et des dessins, documents auxquels Henri Febvre était particulièrement attaché, sans avoir songé à les divulguer. Lucile Febvre-Richard a gardé à son domicile de la correspondance personnelle, les lettres de guerre et quelques manuscrits et dossiers.

Par legs testamentaire, Henri Febvre a fait don à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de toutes les archives restées dans son appartement ainsi que de la bibliothèque. Cette prise en charge a été effectuée en juin-juillet 2013 par le service des archives de l’EHESS en partenariat avec les Archives nationales. Lucile Febvre-Richard a fait ensuite don des papiers restés chez elle (en particulier les quelque 900 lettres de guerre de Lucien Febvre à ses parents et à ses amis). Selon le vœu explicite d’Henri Febvre de marquer le lien de filiation de l’EHESS à son père, les Archives nationales ont confié le premier fonds d’archives en dépôt à l’EHESS. Le legs ultérieur et le don de Lucile Febvre ont parachevé la réunification matérielle du fonds qui, par ses déplacements successifs se trouve avoir été dispersé entre huit dépositaires différents.

L’unité matérielle des archives une fois réalisée, il était nécessaire de restructurer le fonds, devenu parfois un puzzle pour les dossiers de travail. Il s’agissait de proposer une architecture descriptive, fidèle autant que possible à l’agencement initial des archives, sachant que Lucien Febvre n’a pas travaillé dans le désordre, puisqu’il classait et intitulait tous ses dossiers.

Ces archives constituent une source exceptionnelle pour les chercheurs. Leur présentation organique par la mise en ligne de l’instrument de recherche sera aussi un hommage rendu à l’historien, homme total, précurseur d’une histoire globale.

Volumétrie du fonds

Don aux Archives nationales : la presque totalité des dossiers de travail (8 ml)

Legs d’Henri Febvre à l’EHESS : archives (13 ml) et imprimés (tirés-à-part de Lucien Febvre et autres auteurs, œuvre publiée, Encyclopédie française, etc.).

Don de Lucile Febvre-Richard : correspondances et quelques manuscrits (2 ml)

Plan de classement des séries du fond

I. Éléments de biographie et de carrière

II. Papiers de guerre (1914-1918)

III.         Dossiers de travail

IV.         Entreprises collectives (Encyclopédie française, UNESCO)

V.          Correspondance

VI.         Tirés à part de Lucien Febvre

VII.        Tirés à part d’autres auteurs

VIII.      Photos, films et dessins

IX.         Papiers de famille

X.           Papiers Paul Dognon

XI.         Papiers Henri Febvre

Plan de classement des dossiers de travail (environ 360 dossiers)

  1. Histoire de la Franche-Comté – Histoire de la France de l’Est (54 dossiers)
  • La Franche-Comté au XVIe siècle
  • Histoire de la Franche-Comté
  • Histoire de la France de l’Est
  1. Histoire religieuse et sociale de la France Moderne (136 dossiers)
  • Renaissance et Humanisme
  • Introduction au XVIe siècle
  • Les religions au XVIe siècle
  1. Histoire de France et de l’Europe (27 dossiers)
  2. Histoire des civilisations, histoire du monde. Occident-Orient (36 dossiers)
  • Cours et notes sur la civilisation
  • Arts et Lettres
  • Nature, villes et campagnes
  • Routes et frontières
  • Travail, sciences et techniques
  • Orient-Occident
  • Pensée d’Occident
  1. Clio. L’histoire, la méthode historique (29 dossiers)
  • Réflexions sur l’histoire
  • Michelet
  1. Fichiers (25 dossiers)
  2. Manuscrits de cours et conférences divers

Mise en ligne de l’inventaire et consultation des fonds

L’ensemble du fonds est en cours de transfert vers les Archives nationales, site de Pierrefitte, où il sera consultable dès l’achèvement de l’inventaire avec sa cotation définitive, soit à l’automne 2017.

L’instrument de recherche est réalisé à l’aide du module « aide au classement » du logiciel Arkhéïa. Sa mise en ligne permettra, via un moteur de recherche, une interrogation dynamique ou par indexation ainsi que des liens vers des images et substituts numériques.

 Brigitte Mazon, 07/03/2017